
J
o n'était qu'un enfant
J
o n'était qu'un enfant lorsqu'il apprivoisa deux corbeaux.
lorsqu'il apprivoisa deux corbeaux.
Avec ses frères et sœurs, il partait chasser les sauterelles dans le champ voisin. Ils les décortiquaient patiemment, les déposaient dans leurs paumes ouvertes. Les deux oiseaux venaient s’y poser, en clignant des yeux, avec ces croassements rauques que Jo apprenait à reconnaître.
Coco et Noireau devinrent vite ses compagnons inséparables.
Chaque matin, ils le réveillaient à heure fixe en tambourinant sur les volets de fer, puis le suivaient en volant jusqu’à l’école. À la sortie, ils l’attendaient pour le raccompagner.
Il allait partout, un corbeau sur chaque épaule.
Lorsqu’il lançait une course, promettant une récompense au plus rapide, ils s’élançaient à tire-d’aile pour faire le tour de la maison. Le soir venu, ils attendaient, perchés sur le grand portail.
Jo aimait cette complicité silencieuse. Leur présence constante, comme une promesse que rien ne changerait.
Il croyait avoir gagné quelque chose de rare : une confiance sauvage, un lien hors du commun. Une forme d’amitié que même les mots n’auraient su apprivoiser. Il pensait que les corbeaux, comme les humains, pouvaient s’attacher — et qu’il avait découvert le secret.
Mais un matin, ils ne vinrent pas.
Les plumes éparses, au pied du portail, racontaient une autre histoire. Coco et Noireau avaient disparu.
Envolés, enlevés, effacés.
Jo resta longtemps planté là, immobile. Il ne comprenait pas. Mais peu à peu, il se rendit compte qu’il n’y avait pas de réponse à son chagrin. La perte était simplement là, sans explication. Et avec elle, une nouvelle leçon : l'amour, comme la vie, ne se contrôle pas.
Et puis il recommença.
Il tenta d’apprivoiser une pie. Une belle, brillante, au regard vif. Mais elle ne l’aimait pas. Elle pinçait ses doigts, lui tournait le dos, se moquait de ses offrandes.
Alors Jo abandonna. Il ne chercha plus. Il avait compris.
On ne remplace pas ce qui nous a choisis.
Et l’amour, une fois perdu, laisse une trace que l’on ne peut combler.
(Inspiré d'une histoire vraie)

Merci de faire partie de cette aventure littéraire.
Laura Berthil, auteure de récits imaginaires.
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