Le triomphe par le feu

A

l’adolescence, Rosa avait les jambes plus velues que les autres filles du village.

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l’adolescence, Rosa avait les

jambes plus velues que les autres filles du village.

Cela n’aurait pas dû être un problème. Mais les garçons riaient, les filles suivaient, et les moqueries pleuvaient comme une pluie d’été : inattendues, cruelles, et vite reparties. Sauf dans le cœur de celle qui les recevait.

Sa mère lui répétait que ce n’étaient que des paroles en l’air, que ces enfants-là ne savaient pas ce qu’ils disaient. Mais Rosa, elle, savait que les mots pouvaient coller à la peau.

Alors un jour, elle en eut assez. Elle attrapa un vieux fagot de plantes séchées, l’alluma, et s’attaqua à ses jambes à la flamme vive, les dents serrées et le menton levé.

Elle s’y brûla un peu, bien sûr. La peau, mais aussi l’enfance.

La fois suivante, quand un garçon osa encore un surnom, elle souleva le bas de sa jupe et dit, triomphante :


— Montre-moi les tiennes, qu’on compare un peu !

Et le silence fut immédiat. Les moqueries cessèrent.


Pas parce qu’elle était devenue parfaite. Mais parce qu’elle avait montré qu’elle n’avait plus peur.

Des années plus tard, sa petite-fille, adolescente à son tour, entendit cette histoire. Elle ne retint ni les conseils de son arrière-grand-mère, ni les brûlures.

Ce qu’elle retint de l’histoire, c’est que Rosa, sa grand-mère, avait tenu tête. Et qu’un jour, elle aussi aurait le courage de le faire.

Ce n’est pas la douleur qui marque une victoire.

C’est le moment où l’on décide qu’on ne se laissera plus faire.

(Inspiré d'une histoire vraie)


Merci de faire partie de cette aventure littéraire.

Laura Berthil, auteure de récits imaginaires.

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