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uand il avait cinq, Jo entendit parler de la Festa das Cruzes : la Fête des Croix.
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uand il avait cinq, Jo
entendit parler de la Festa das Cruzes : la Fête des Croix.
Elle avait lieu tous les ans, au début du mois de mai, à environ quatre kilomètres de chez lui. C’était une fête avec du monde, de la musique, des jeux… et des rosquilhos.
Il n’en avait jamais goûté, mais l’idée seule de cette fête suffisait à faire battre son petit cœur trop fort.
Alors, un matin de dimanche, sans prévenir personne, il se glissa hors de la maison pendant que tout le monde dormait. Dans ses poches, il glissa quelques pièces économisées en cachette.
Il marcha longtemps, seul, le cœur gonflé d’excitation.
Il sentait déjà l’odeur de l’huile, entendait les éclats de voix au loin. La fête était bien là, bruyante, joyeuse, colorée.
Jo acheta des rosquilhos ; ces beignets sucrés, moelleux, à peine tièdes. Il les dévora un à un, savourant chaque bouchée comme si c’était la première. Ou la dernière.
Il tomba aussi sur une petite trompette en forme de poisson, comme celles qu’on distribuait à l’école. Il l’acheta, incapable de résister.
Et tout le chemin du retour, il en joua bruyamment, fièrement, presque avec défi.
Il savait très bien qu’il allait se faire gronder. Que sa mère allait hurler, que le poisson-trompette retournerait à sa rivière. Alors il souffla, jusqu’à ce que le son émis par l’instrument devienne rauque.
Et c’est ce qui arriva.
Devant la maison, une foule s’était rassemblée. Ses parents, ses sœurs, ses voisins… tout le monde l’avait cherché, toute la journée.
Malgré la peur, malgré les larmes, Jo garda le sourire. Car sa mère ne savait rien des rosquilhos. Elle ignorait le goût du sucre resté sur ses doigts.
Il reçut une bonne correction, qu’il savait méritée. Une de celles dont on se souvient longtemps. Mais Jo, lui, n’en garda aucun souvenir.
Ce n’est que bien plus tard, alors qu’il entendit mentionner la Festa das Cruzes que le goût des rosquilhos lui revint, que le son de son poisson-trompette résonna à nouveau.
Il retourna au pays, retrouva son ancienne maison. Il emprunta le même chemin, à pied.
Près de soixante ans s’étaient écoulés, mais les rues fleuries étaient inchangées. La fête avait toujours lieu au même endroit.
Là-bas, il acheta des rosquilhos. Mais il ne trouva aucune trompette en forme de poisson.
En mordant dans les beignets, lentement, Jo comprit que ceux de son enfance n’étaient pas les meilleurs. C’était ceux-là, ceux qu’il dégustait dans le silence du souvenir retrouvé.
Ils n’étaient pas plus sucrés, ni plus moelleux. Mais ce qu’ils faisaient ressurgir valait bien davantage.
Même si sa mère n’avait jamais rien su des rosquilhos.
Quand il rentra vers son ancienne maison, personne ne l’attendait.
A ce moment-là, Jo aurait donné n’importe quoi pour trouver sa mère, furieuse. Il aurait voulu mériter à nouveau sa correction, rien que pour la voir. Rien que pour sentir, encore une fois, qu’il était son petit garçon.
Mais il n’y avait plus que le silence.
Alors il serra le sachet vide dans sa main, et laissa le goût des rosquilhos lui tenir chaud. Parce qu’ils lui avaient rendu une part de lui-même qu’il croyait perdue.
Il faut parfois grandir pour comprendre que les vraies douceurs ne sont pas celles que l’on s’offre en secret, mais celles qui nous ramènent à ceux qu’on a aimés.
(Inspiré d'une histoire vraie)

Merci de faire partie de cette aventure littéraire.
Laura Berthil, auteure de récits imaginaires.
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